Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Entre “hospitium” et cantonnement : avoir le dictateur et son armée comme hôte(s) (Cicéron, “À Atticus”, XIII, 52) »

 

 

Richard Wilson, Ciceros Villa and the Gulf of Pozzuoli, huile sur toile, 1773.

L’hospitium dans le monde romain désigne généralement un pacte, conclu ou hérité, qui unit deux hôtes dans une relation d’accueil réciproque1. La littérature latine regorge de mentions de cette relation. À ce titre, les comédies de Plaute constituent des témoignages littéraires particulièrement éclairants sur ce phénomène qui fournit plusieurs scènes où la terminologie de l’hospitalité est utilisée et précise les usages2. Dans la littérature latine, ce type de relation apparaît également chez Cicéron dans un registre plus politique qu’ont étudié beaucoup de spécialistes. En effet, plusieurs travaux se sont penchés sur le plaidoyer que cet orateur prononce contre C. Verrès, dans lequel il défend ses hôtes siciliens et dénonce les violations des obligations inhérentes à l’hospitium commises par cet ancien gouverneur de Sicile3. En plus de ce discours judiciaire, sa Correspondance, qui regroupe plus de mille lettres éditées après sa mort4, offre une perspective différente. Elle permet d’observer le rôle concret de l’hospitium dans le quotidien de cet aristocrate de premier plan au milieu du Ier s. a.C.

Continuer la lecture de « Entre “hospitium” et cantonnement : avoir le dictateur et son armée comme hôte(s) (Cicéron, “À Atticus”, XIII, 52) » »

  1. Fauchon-Claudon & Le Guennec, 2022, p. 10-11. []
  2. Lloris et al., 2020 ; Kelly & Nolin, 2026. []
  3. Deniaux, 1993 ; Nicols, 2001 ; Deniaux, 2022 ; Baudry, 2022. []
  4. Carcopino, 1947 ; De Giorgio, 2005. []

Tite-Live et l’ambassade de Prusias II : un récit d’”hospitium”? 

Tétradrachme représentant le roi Prusias II (RG 10a)

 

 

 

 

 

Amorcée à partir du milieu du IIIe siècle a.C., l’affirmation progressive de Rome comme puissance dominante du monde méditerranéen a fait du Sénat romain un interlocuteur diplomatique incontournable et entraîne en conséquence une multiplication des ambassades étrangères dépêchées vers l’Vrbs, pour négocier des alliances, soumettre des différends à son arbitrage, se justifier ou simplement s’assurer la faveur des Patres1. Ainsi, pour le seul monde grec, pas moins de 780 délégations sont répertoriées à ce jour pour la période républicaine2. Cet afflux – dont l’ampleur devait sans doute être comparable pour les ambassades issues d’autres régions du bassin méditerranéen – a entraîné une formalisation progressive des procédures qui encadraient leur réception au sein de la cité romaine3.

Ces ambassades, une fois parvenues à Rome, doivent nécessairement trouver un lieu pour être logées et nourries le temps de leur séjour. Cela suppose soit la préexistence de liens d’hospitalité privée (hospitium priuatum) entre les légats dépêchés et des particuliers romains, soit l’octroi d’une hospitalité publique (hospitium publicum) par le Sénat, formalisée par un senatus consultum et prise en charge par le trésor public, soit encore, en l’absence de l’un et l’autre, que les ambassades y pourvoient à leurs propres frais auprès des acteurs de l’hospitalité mercantile4. Les modalités du logement offert varient en outre en fonction de la situation diplomatique de l’État mandataire et du rang de ses représentants. Par exemple, seules les ambassades issues des peuples amis ou alliés de Rome peuvent séjourner à l’intérieur du pomerium. Enfin, si la générosité de l’hospitalité publique se limitait d’ordinaire au gîte et au couvert pour les simples envoyés des cités, ce sont plutôt des demeures ou des appartements que se voient pour leur part attribuer les personnalités royales5.

Continuer la lecture de « Tite-Live et l’ambassade de Prusias II : un récit d’”hospitium”?  »
  1. Ferrary, 2007 ; Bonnefond-Coudry, 2004. []
  2. Canali De Rossi, 1997. []
  3. Bonnefond-Coudry, 2004 ; Linderski, 1995 []
  4. Le Guennec, 2019 ; Bonnefond-Coudry, 2004. []
  5. Ferrary, 2007 ; Bonnefond-Coudry 2004. []

Les édifices de spectacles romains : lieux publics, lieux d’accueil, lieux d’hospitalité ?

Eloïse Letellier-Taillefer (EFR – IRAA USR 3155)

Résumé

Les édifices de spectacles étaient des bâtiments indispensables dans l’équipement urbain des cités de l’ensemble de l’empire romain. Ils fonctionnaient comme des lieux d’accueil, non seulement dans le cadre des cérémonies et spectacles qu’ils abritaient à dates régulières, mais aussi sans doute, en tant que lieux publics urbains, de manière plus quotidienne. Leur fonction symbolique pour la représentation du corps social hiérarchiquement rassemblé dans les gradins en faisaient en outre d’efficaces instruments de « mise en scène » de l’accueil et de l’intégration des visiteurs et des étrangers en particulier. Peut-on dès lors parler d’hospitalité dans ces lieux publics ? L’auteur se pose la question en s’appuyant sur des cas et des sources divers, de l’étude archéologique en cours dans les théâtres de Pompéi, aux sources épigraphiques ou littéraires qui nous renseignent sur les usages de ces bâtiments.

Rome et l’hospitalité accordée aux soldats vaincus (VIe-IIIe siècle avant J.-C.)

Mathieu Engerbeaud (Université Aix-Marseille)

Les historiens de la conquête romaine décrivent régulièrement les conséquences des défaites militaires et le sort subi par les vaincus, que ces derniers soient Romains, Étrusques ou plus généralement Italiens. Ces récits historiques accordent une attention toute particulière au devenir des soldats blessés, séparés de leur commandant, mis en fuite et souvent poursuivis par l’ennemi victorieux. Dès lors, les historiens antiques décrivent quelquefois l’accueil spontané que certaines cités accordent temporairement aux soldats étrangers vaincus. En effet, ces auteurs valorisent la décision d’accueillir publiquement ces soldats et d’organiser rationnellement leur prise en charge par les autorités publiques. Néanmoins, accorder l’hospitalité à des soldats vaincus demeure avant tout un choix politique dont la portée diplomatique peut être retentissante. Cette pratique peut fragiliser la cité hôte qui, lorsqu’elle souhaite rester neutre, doit assumer les conséquences de ses choix. L’accueil des vaincus étrangers peut être considéré comme un affront par le vainqueur, tout comme le refus d’accueillir des soldats vaincus peut engendrer une rupture diplomatique (voire une guerre) avec la cité qui a perdu la confrontation. Dès lors, le choix d’accorder un refuge temporaire aux étrangers vaincus constitue un dilemme pour les cités italiennes. Ces situations peuvent également devenir une véritable opportunité diplomatique, car elles permettent de renforcer des liens d’amitiés entre cités ou de se faire de nouveaux alliés.

Continuer la lecture de « Rome et l’hospitalité accordée aux soldats vaincus (VIe-IIIe siècle avant J.-C.) »

Espaces de l’hospitalité gratuite, espaces de l’accueil marchand dans l’Occident romain (République et Haut-Empire) : distinctions et porosités

Marie-Adeline Le Guennec (École française de Rome)

Si j’ai été amenée à m’intéresser à la question des lieux destinés à la prise en charge des gens de passage dans le contexte de l’Occident romain antique (République – Haut Empire), c’est à l’origine au sujet d’une forme d’accueil qui n’est pas l’hospitalité gratuite, privée ou publique, bien que son rapport à l’hospitalité soit plus direct qu’on ne le penserait de prime abord : l’accueil mercantile. L‘importance dévolue à la pratique de l’hospitalité privée ou publique dans le contexte culturel romain, notamment au sein des élites, s’avère en effet une donnée essentielle pour rendre compte de la place que pouvaient occuper, au sein d’un monde romain en mouvement, les établissements dédiés à l’accueil mercantile, les professionnels qui y travaillaient, et la clientèle qui les fréquentait.

Comme je l’ai montré lors d’un précédent atelier, l‘étude du lexique permet de mettre en pleine lumière cette influence, polémique ou archétypale, de l’hospitalité sur l’accueil mercantile romain, avec l’entrée progressive dans le champ lexical latin de l’auberge de termes relevant originellement de l’hospitalité privée, en particulier hospes et hospitium Qu’en est-il en revanche des sources matérielles et notamment des vestiges archéologiques1 ? Est-ce que, pour l’Occident romain, l’antagonisme qui se fait jour dans les sources textuelles se poursuit jusque dans la matérialité d’un côté, de l’accueil mercantile et de l’autre, de l’hospitalité gratuite ? Et dans ce cas, sous quelle forme : par le recours à des structures matérielles nettement distinctes ? N’est-ce pas plutôt, serait-on en droit de se demander par rapprochement avec les sources écrites et iconographiques, par l’emprunt par l’accueil mercantile des structures matérielles de l’hospitalité ? Ou encore, a-t-on éventuellement affaire à des structures matérielles plus largement associées dans l’Antiquité romaine à l’accueil temporaire, qui se donneraient en cela également à voir, par exemple, dans les stations routières officielles ?

Continuer la lecture de « Espaces de l’hospitalité gratuite, espaces de l’accueil marchand dans l’Occident romain (République et Haut-Empire) : distinctions et porosités »

  1. Les sources iconographiques témoignent elles aussi, pour l’essentiel, d’une transposition / reproduction des motifs de l’hospitalité privée, notamment symposiaque. []