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Tite-Live et l’ambassade de Prusias II : un récit d’”hospitium”? 

Tétradrachme représentant le roi Prusias II (RG 10a)

 

 

 

 

 

Amorcée à partir du milieu du IIIe siècle a.C., l’affirmation progressive de Rome comme puissance dominante du monde méditerranéen a fait du Sénat romain un interlocuteur diplomatique incontournable et entraîne en conséquence une multiplication des ambassades étrangères dépêchées vers l’Vrbs, pour négocier des alliances, soumettre des différends à son arbitrage, se justifier ou simplement s’assurer la faveur des Patres1. Ainsi, pour le seul monde grec, pas moins de 780 délégations sont répertoriées à ce jour pour la période républicaine2. Cet afflux – dont l’ampleur devait sans doute être comparable pour les ambassades issues d’autres régions du bassin méditerranéen – a entraîné une formalisation progressive des procédures qui encadraient leur réception au sein de la cité romaine3.

Ces ambassades, une fois parvenues à Rome, doivent nécessairement trouver un lieu pour être logées et nourries le temps de leur séjour. Cela suppose soit la préexistence de liens d’hospitalité privée (hospitium priuatum) entre les légats dépêchés et des particuliers romains, soit l’octroi d’une hospitalité publique (hospitium publicum) par le Sénat, formalisée par un senatus consultum et prise en charge par le trésor public, soit encore, en l’absence de l’un et l’autre, que les ambassades y pourvoient à leurs propres frais auprès des acteurs de l’hospitalité mercantile4. Les modalités du logement offert varient en outre en fonction de la situation diplomatique de l’État mandataire et du rang de ses représentants. Par exemple, seules les ambassades issues des peuples amis ou alliés de Rome peuvent séjourner à l’intérieur du pomerium. Enfin, si la générosité de l’hospitalité publique se limitait d’ordinaire au gîte et au couvert pour les simples envoyés des cités, ce sont plutôt des demeures ou des appartements que se voient pour leur part attribuer les personnalités royales5.

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  1. Ferrary, 2007 ; Bonnefond-Coudry, 2004. []
  2. Canali De Rossi, 1997. []
  3. Bonnefond-Coudry, 2004 ; Linderski, 1995 []
  4. Le Guennec, 2019 ; Bonnefond-Coudry, 2004. []
  5. Ferrary, 2007 ; Bonnefond-Coudry 2004. []

Tite-Live et l’hospitalité (Ab Vrbe condita, livres 1 à 10) : des choix lexicaux adaptés à un discours sur l’histoire ?

Mathieu Engerbeaud (Université Aix-Marseille)

Tite-Live (c) domaine public
Tite-Live (c) domaine public

Au cours des dix premiers livres de son histoire de Rome, Tite-Live évoque à trente-trois reprises des situations d’hospitalités privées et publiques. Si ces occurrences sont décrites par l’auteur avec une précision lexicale inégale, leur analyse met en évidence l’existence d’une terminologie spécifique pour désigner l’hospitalité, à travers l’emploi de substantifs, d’adjectifs et de verbes. Cependant, les choix lexicaux de Tite-Live semblent s’adapter à sa démonstration historique, et changent selon qu’il juge positivement ou négativement l’action d’un individu ou d’un groupe, ou qu’il décrit des cas d’hospitalités privées ou publiques. En s’appuyant sur un relevé exhaustif des situations d’hospitalité décrites dans les dix premiers livres de l’Ab Vrbe condita, cette enquête a pour objectif d’identifier, dans un premier temps, le lexique spécifique employé par Tite-Live pour décrire cette pratique sociale et culturelle. Deuxièmement, cette étude montrera comment, à travers des choix lexicaux, l’historien met l’hospitalité au service d’une démonstration historique sur le rôle des étrangers dans l’histoire des premiers siècles de Rome.

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L’hospitalité de Capoue envers les soldats romains vaincus aux Fourches Caudines, d’après Tite-Live

Mathieu Engerbeaud (Université Aix-Marseille)

De la fondation de Rome jusqu’au commencement des guerres puniques, les récits historiques décrivent seulement à trois occasions l’hospitalité accordée par une cité alliée de Rome aux légionnaires vaincus. Tusculum aurait accordé deux fois son hospitalité aux Romains battus par les Èques, en 449 et en 418 ; et en 321, les citoyens de Capoue auraient accueilli spontanément les soldats romains vaincus par les Samnites aux Fourches Caudines. Parmi ces trois occurrences, seule l’hospitalité des Capouans a fait l’objet d’une description détaillée dans l’Ab Vrbe condita de Tite-Live (9.6.4-11). Malgré la précision de cet extrait, le récit de l’auteur latin présente un paradoxe. En effet, selon lui, les Romains n’auraient témoigné aucune reconnaissance à leurs hôtes bienveillants, alors que les Capouans étaient décrits par Tite-Live comme les alliés les plus fidèles de Rome au IVe siècle. Ce comportement contraste avec la générosité des Romains décrite plusieurs fois par Tite-Live au cours de l’histoire des premiers siècles de Rome, car la res publica valorise traditionnellement l’aide reçue de la part de ses alliés, à travers l’attribution de privilèges ou de récompenses ponctuelles. À l’inverse, l’auteur latin décrit l’accueil spontané des Capouans comme un acte de générosité inattendu de la part d’un peuple qu’il juge orgueilleux. Cette mise en scène des faits par l’auteur romain, postérieure de trois siècles aux événements, reflète sans doute l’image négative attribuée par l’historiographie antique à Capoue, une cité qui, après avoir été l’alliée de Rome, l’a trahie pour accorder son hospitalité à Hannibal au cours de la deuxième guerre punique. L’analyse de cet extrait met en évidence les difficultés spécifiques que présentent les récits historiques pour étudier l’hospitalité au cours des premiers siècles de Rome et l’imaginaire qui lui est associé à l’époque d’Auguste. Continuer la lecture de « L’hospitalité de Capoue envers les soldats romains vaincus aux Fourches Caudines, d’après Tite-Live »